29.11.2008
Contrôler les esprits plutôt que convaincre
Par Nicolas Dupont-Aignan,
Au moment où Debout la République franchissait avec un incontestable succès l’obstacle de son Congrès fondateur, rassemblant dimanche dernier plus de 1000 personnes à la Mutualité, la petite politique, médiocre et mesquine, continuait à aller bon train.
Réaction de l’UE face à la crise, loi sur l’audiovisuel et travail dominical, ponctuaient une semaine qui, décidément, avait décidé de ressembler aux précédentes.
Le « plan de relance européen », comme l’ont pompeusement baptisé certains observateurs pour sauver la face de l’Europe supranationale et ménager l’Allemagne (qui porte une écrasante responsabilité dans ce fiasco), est une pure vue de l’esprit.
Pour l’essentiel, il n’est, en effet que l’addition des plans de relance nationaux qu’à défaut de vouloir démultiplier en les coordonnant, on se contente d’additionner, comme on ajoute des carottes et des choux fleurs, en les emballant dans un joli papier cadeau bleu étoilé.
Il est très dommage que l’Europe n’ait pas voulu saisir cette chance historique qui lui aurait permis d’affirmer son efficacité et, partant, sa légitimité. Quels effets gigantesques aurait eu un vrai plan de relance européen, mobilisant en les articulant les ressources nationales et recourant en même temps à un emprunt européen massif, par le biais de la BEI !
Mais, pire encore, l’Europe bruxelloise empêche les Etats-nations de palier sa propre incurie, en maintenant « en tendance » l’objectif des contraintes de Maastricht, auxquelles les pays-membres devront dès 2011 se conformer à nouveau… En clair : « Relancez autant que vous voulez, mais pas trop, pas trop longtemps et puis… soyez sous les 3% dès 2011 ! » Dans le genre contradictoire et paralysant, on ne saurait mieux faire. A nouveau l’UE ne fait pas, fait mal et empêche les Etats de faire. Et il y en a encore qui prétendent pompeusement que « l’union fait la force »…
La réforme de l’audiovisuel public vaut, elle aussi, son pesant de mensonge et de mystification. Certes, il est louable de vouloir mieux gérer la télévision publique en rationalisant ses structures. Il est également souhaitable de supprimer une partie de la publicité de ses antennes, ainsi que DLR l’avait réclamé, à tout le moins pour les publicités alimentaires durant les programmes pour les enfants et les jeunes.
Mais bien sûr, pour être cohérent, cela implique une réelle mobilisation de moyens pour compenser les pertes de ressources - voire les remettre à niveau (par rapport à la BBC britannique ou à la ZDF allemande) – afin de maintenir et même redresser la vocation qualitative de la radio-télévision française.
Mais hélas, rien de tout cela dans la politique de l’Elysée : une recherche presque « punitive » de compression tous azimuts de la dépense publique, conjuguée à la volonté de faire plaisir aux amis du Président (auxquels, cette fois, sera offerte sans contrepartie réelle la manne publicitaire prise à France Télévision) et assortie, en l’espèce, d’une volonté de mise au pas sans précédent des médias. Comment comprendre autrement l’acharnement de Nicolas Sarkozy à vouloir nommer personnellement le futur directeur unique de France Télévision ? Comme si, à défaut de pouvoir convaincre les esprits, on cherchait purement et simplement à les endoctriner… Espérons que les journalistes de France Télévision, de radio France (mais aussi ceux de l’AFP, prochains sur la liste) sauront se mobiliser pour empêcher ce nouveau recul, majeur celui-là, de notre démocratie !
Enfin, que dire de l’instauration du travail dominical ? Le bon sens comme l’analyse plus poussée des choses conduisent à en rejeter le principe même, à quelques très rares exceptions près. C’est bien pourquoi tant de parlementaires UMP et Nouveau Centre ont finalement déterré la hache de guerre contre le gouvernement. Ces parlementaires courageux - excédés ? – ne doivent pas se laisser impressionner par les menaces des ténors de la Sarkozie, car une immense majorité de Français les soutient. Ils ont bien compris qu’on ne fera pas plus de croissance avec cette mesure, qu’on ne s’en tiendra pas dans les faits à une démarche reposant purement sur le volontariat, mais qu’on déstructurera un peu encore une société déjà mise à rude épreuve par la crise naissante…
Ainsi donc, la semaine écoulée a ressemblé à celles qui l’ont précédée : l’impuissance publique mène à la démagogie et la démagogie, à la volonté de contrôler les esprits. Mais tout cela aura une fin. C’est à cette fin, pour que la France connaissent enfin le nouveau départ auquel ils aspirent, que Debout la République contribuera désormais en tant que formation politique à part entière.
A très bientôt.
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24.10.2008
L'Etat au service des banques ?
Par Nicolas Dupont-Aignan,
Alors qu’il y a encore quelques semaines nos banques étaient censées être les plus solides du monde, le gouvernement ne cesse d’annoncer des mesures en leur faveur.
Outre la décision des chefs d’Etats européens de garantir les crédits interbancaires pour leur permettre de se prêter à nouveau entre elles, Mme Lagarde a annoncé hier soir, lundi 20 octobre, le déblocage de 10 milliards sous forme de prêt. Cette somme considérable s’ajoute aux 22 milliards mobilisés - pour soi-disant aider les banques à financer les PME - à partir des fonds de la Caisse des Dépôts et Consignations. 5 milliards seraient d’ores et déjà disponibles via OSEO la banque publique qui a pour mission de soutenir l’innovation et la croissance dans les PME. 17 autres milliards auraient été virés par la Caisse des Dépôts et Consignations en deux fois (8 milliards le 15 octobre, 9 milliards le 21 octobre) selon le journal le Monde. Ce dernier ajoute que les pouvoirs publics et la Fédération française de banques n’ont pas encore signé la convention qui doit permettre d’en suivre l’utilisation !
Cette précipitation du gouvernement peut s’expliquer par la gravité de la crise et les moments de panique boursiers. En revanche, l’opacité qui règne dans les relations entre l’Etat et les banques ne peut qu’inquiéter.
De deux choses l’une, soit les établissements français n’ont pas de difficulté et pourquoi alors déverser de telles sommes (les 40 milliards de fonds propres représente 2,1% du PIB, pour un secteur bancaire pesant 2,6% du PIB !), soit leur situation est périlleuse et pourquoi alors ne pas exiger une nationalisation même partielle et temporaire accompagnée d’un changement de stratégie et de direction ?
On peut comprendre, pour éviter des mouvements de retrait en chaîne, la nécessaire discrétion de Bercy. Mais se donne-t-on vraiment les moyens de savoir ? Plusieurs questions méritent de toute urgence une réponse.
- La Banque de France et le gouvernement ont-ils un état précis, banque par banque, des risques réels ? La moindre des choses serait de voter une loi qui oblige, sous peine de poursuites pénales, les dirigeants à communiquer les détails de leurs engagements. De surcroît, il y a suffisamment d’inspecteurs des finances et de contrôleurs d’Etat qui pourraient être missionnés dans chaque direction pour faire un état des lieux, notamment de leurs engagements dans les hedge funds et les paradis fiscaux
- Pourquoi prêter de l’argent aux banques, renforcer leurs fonds propres ou leur transférer des fonds de la Caisse des Dépôts et Consignations sans prendre une part du capital ? Car qui paye, en l’occurrence le contribuable, doit contrôler ! Comment ne pas voir non plus que les promesses faites lors de l’annonce de la mobilisation des 40 milliards d’euro au profit des banques, ne seront pas tenues ? Il avait été question en contrepartie de cette aide astronomique d’une prise de participation directe dans le capital et les décisions des banques ! Or avec ce prêt de 10 milliards, il n’en est rien ! Faut-il comprendre que les banquiers français sont des libéraux dogmatiques, hostiles par idéologie à toute nationalisation, alors même que leurs homologues britanniques et américains, plus pragmatiques eux, s’y résolvent ? Faut-il comprendre qu’ils mènent les représentants de l’Etat par le bout du nez ? Comment admettre que la puissance publique, par le mécanisme retenu, évite à des actionnaires défaillants une dilution du capital et une diminution des dividendes ? L’Etat serait-il au service des banques plutôt que de la collectivité ? A cet égard, il paraît pour le moins incompréhensible que l’Etat soit minoritaire au sein même de la structure de refinancement créée pour l’occasion.
En définitive, le flou qui règne sur ce sauvetage bancaire ne peut qu’inquiéter et donc scandaliser à terme un peu plus nos concitoyens. Au-delà des grands discours du président de la République, de quelques sanctions très provisoires (le Directeur Général des Caisses d’Epargne deviendrait Président du Crédit Foncier), l’oligarchie politico-financière du pays montre le visage d’une toute petite minorité essayant de sauver les meubles aux frais du contribuable et dans son dos.
Et pendant ce temps-là, rien de probant sur la lutte contre les paradis fiscaux, le contrôle public des agences de notation, l’interdiction franche et réelle des hedge funds ou des revenus indécents que s’adjugent les profiteurs de la finance. Enfin et surtout rien pour redresser durablement une économie réelle qui a plus que jamais besoin d’une gestion keynésienne, notamment par un grand plan d’investissement européen.
Loin d’une reprise en main de l’économie par les politiques, les mesures prises s’apparentent davantage à une privatisation de l’Etat au profit de ceux qui ont mis hier les peuples sur la paille et s’apprêtent aujourd’hui à les mettre à la rue. Un Etat qui vient au secours du marché et qui en est devenu l’otage ! A suivre, et de près…
06:55 Publié dans actu | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : etat, banque, france, nda, sarkozy, ump
28.02.2008
Oui aux ruptures nécessaires, non à la transgression permanente !
Par Nicolas Dupont-Aignan,
A l’usage, il apparaît de plus en plus clairement que le président de la République ne peut s’empêcher d’exercer son mandat sur le mode d’un pouvoir très personnel et presque toujours à la limite de la transgression.
Transgression des usages républicains, des lois non-écrites de notre démocratie, des principes généraux parmi les plus consensuels,… comme si cette volonté de rupture, incontestable chez le président (et dont il faut encore attendre pour en mesurer les résultats concrets), ne pouvait s’exprimer que de manière systématiquement provocatrice et parfois même franchement transgressive.
Cette manie de la transgression, légitimement inquiétante pour une part croissante de nos concitoyens, s’est ainsi manifestée à propos de la réintégration de la France dans l’OTAN, de la scientologie et de la laïcité, de la Shoah, du salaire présidentiel, ou encore de l’échange de mots au salon de l’agriculture. Sur tous ces dossiers, pour certains essentiels, Nicolas Sarkozy est allé dans la mauvaise direction et avec une brutalité qui, quoi qu’il s’imagine, ne le rapproche pas des Français mais l’éloigne au contraire de la mission présidentielle qu’ils lui ont confiée.
Transgression aussi lors de la ratification parlementaire du traité de Lisbonne, cette Constitution européenne refusée par le suffrage universel et à peine remaquillée : Nicolas Sarkozy était l’homme tout désigné pour bafouer la voix du peuple exprimée deux ans plus tôt. Une « divine surprise » pour les élites, politiques, économiques et médiatiques, ravies de laisser ainsi à ce président toujours en première ligne la responsabilité d’un « sale boulot » qu’elles répugnaient à endosser elles-mêmes devant les Français. Souvenons-nous ainsi du « lâche soulagement » que trahirent les propos de François Hollande, déclarant que le PS n’avait pas à s’opposer à la ratification parlementaire au prétexte que Nicolas Sarkozy avait été légitimement élu à la présidence de la République. Argument bien entendu inepte et parfaitement hypocrite, car à ce compte-là le PS n’aurait aucune légitimité à s’opposer à la majorité sur aucun dossier, ce qu’il ne se prive pourtant pas de faire sur la plupart des réformes…
Aujourd’hui cette tentation élyséenne de la transgression s’applique à la censure partielle par le Conseil constitutionnel de la loi de rétention de sûreté, lui interdisant tout effet rétroactif. Les élites, hier complaisamment silencieuses sur la remise en cause du résultat référendaire de 2005, poussent tout à coup des cris d’orfraie parce que le président veut à juste titre parvenir à la prise en charge durable des criminels pathologiques.
Mais ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy propose une mauvaise solution (le contournement du Conseil constitutionnel) qu’il ne pose pas un vrai problème. Son style provocateur risque ici d’enfermer ce vrai problème dans une alternative en forme d’impasse : soit prendre ses aises avec l’Etat de droit, soit laisser dans la nature des prédateurs qui n’attendent que de recommencer.
Cette opposition stérile doit conduire d’urgence à mieux poser le problème : ce qui manque à notre pays, c’est d’une part une Justice suffisamment dotée de moyens (par habitant, ils sont actuellement moitié inférieurs à ceux de la Grande-Bretagne !) et la reconstruction de fond en comble d’un système psychiatrique apte aussi à traiter les criminels malfaisants, lorsque c’est possible.
Ainsi, à force de focaliser l’attention sur la manière, on en oublierait le fond : la nécessité de plaider avec sérieux cette réforme, de délimiter rigoureusement les populations auxquelles elle devra s’appliquer, de lui allouer les moyens humains et matériels qui font tant défaut.
On peut suivre Nicolas Sarkozy sur certaines de ses intuitions de rupture, mais il est indispensable qu’il rompe avec lui-même, avec sa tendance permanente à la transgression qui non seulement n’est pas la condition des réformes, mais en est bien souvent l’ennemie.
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